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7- Graisse et dinosaures

By 28 décembre 2022janvier 22nd, 2023Ama'ventura

A force d’expérience, nos connaissances en mécanique s’étoffent. Et ce qui semble évident, mais qui ne se fait plus aussi fréquemment sur les véhicules modernes, c’est de bien graisser toutes les parties mobiles. Le moteur bien sûr, mais aussi les cardans et toute la chaine de direction, qui a son propre réservoir. Comme nous avons une nouvelle cruceta, il faut donc la graisser. Mais la mécanique Dodge de notre Ama s’apparentant plus à celle d’un camion, nous devons trouver un endroit spécialisé dans l’entretien des véhicules lourds.

C’est juste avant d’atteindre Neuquen que nous faisons la connaissance de Facundo, un jeune homme au large sourire, en charge de la fameuse graisse ! Il me guide pour monter la Ama sur un énorme pont avant d’inspecter l’ampleur des travaux. Visiblement, un bon nettoyage à haute pression ne ferait pas de mal au châssis de notre grand-mère, suivi d’un bon graissage. Facundo enfile donc sa tenue de combat (un poncho en plastique qui part en lambeaux) et lance les opérations. Alba et Leno, perchés avec la Ama, observent depuis les fenêtres, en criant son prénom : « Facundoooooo ! »

Nous contournons Neuquen dont le trafic est connu pour être très dense, puis nous prenons un virage à 90° vers l’Ouest. Le soleil couchant tape directement dans le parebrise et comme la route est parfaitement droite, il faut s’en accommoder. Mais il finit par disparaitre sous l’horizon, et à nouveau, c’est tout le ciel qui prend feu. Décidément, les couchers de soleil Argentins sont grandiose, et surtout ils durent une éternité. A apprécier avec un bon maté bien sûr, n’est-ce pas Maria !

C’est d’ailleurs encore bien rouge lorsque nous arrivons à Villa El Chocón, petite ville où de belles maisons surplombent un lac gigantesque et bleu azur. C’est un lac artificiel, dont le barrage est le 4ème plus grand au monde et fournit la quasi-totalité de l’électricité de Buenos Aires, à plus de 1500km d’ici. En tout cas nous, nous sommes autonomes grâces à nos panneaux solaires et nous profitons d’une belle nuit étoilée, bercés par le vent de Patagonie.

Les enfants dormaient quand nous sommes arrivés. C’est pourquoi, à leur réveil le lendemain matin, ils découvrent avec bonheur le petit promontoire sur lequel nous avons stationné la Ama, à quelques mètres de l’eau. C’est d’ailleurs surtout le cas pour Leno qui se réveille souvent dans des endroits nouveaux, et il semble apprécier !

Villa El Chocón est aussi connue pour ses ossements fossilisés de dinosaures, et notamment celui du Giganotosaurus Carolini, carnivore le plus grand au monde, découvert en 1993 par un amateur de paléontologie, Rubén Carolini. Un musée leur est dédié, alors nous allons y jeter un œil. Et bien qu’il soit petit, les mises en scène sont impressionnantes.

La route vers les Andes est encore longue, alors à la mi-journée nous poursuivons vers l’Ouest. Les grandes étendues plates laissent doucement leur place à des plateaux d’altitude. D’ailleurs la Ama tire un peu la langue dans les côtes. Si elle frôle les 90km/h sur le plat à fond de 4ème, c’est plutôt à 40 et en 3ème quelle grimpe. Mais très bien pour son grand âge, on profite ainsi du paysage ! D’ailleurs, en arrivant au sommet d’une bosse, je reconnais au loin la silhouette du volcan Lanin, près duquel nous avions traversé la frontière chilienne en 2008 avec l’ami Morgan.

La route se transforme alors en véritables montagnes Russes, d’abord au-dessus d’un magnifique lac, puis d’une rivière, de canyons. On en prend plein les yeux, mais la Ama elle, plein les pattes…. Je garde un œil sur le voyant de température du moteur, qui jusqu’à présent, malgré les côtes, a fait le yoyo tout en restant sous la barre des 90°C. Mais à présent, je vois l’aiguille monter et approcher des 100°C. Malgré une montée sinueuse et peu de place sur le bas-côté, je trouve un endroit pour stationner. Coupure du moteur et ouverture du capot : ou constate qu’il y a eu des projections d’eau… Je regarde le bouchon du radiateur qui semble s’être fissuré à un endroit où la corrosion avait fait son travail. La température frôle maintenant les 120°C.

Après bien 20 min pour laisser refroidir, j’ouvre le radiateur et m’apprête à ajouter de l’eau, quand un gros camion nous dépasse et s’arrête quelques mètres plus haut. Le chauffeur vient à notre rencontre et nous demande si tout va bien. Je réalise alors que notre bidon d’eau déminéralisée y est passé, mais qu’il en manque encore. Alors il va à sa cabine et revient avec 2 bidons… qui y passent. Pas de doute… on était à sec. L’eau sous pression s’était totalement évaporée, sans laisser échapper de vapeur. Bizarre. Je me rends compte par la même occasion que la courroie de l’alternateur est toute détendue et nécessite un coup de clef. Bref, on s’est pas arrêtés pour rien. Et merci Marcelo pour le coup de pouce !

Il nous reste une 40aine de kilomètres pour atteindre le lac Nahuel Huapi. Nous profitons des lumières du soir sur les dentelles rocheuses rouges de la Valle Encantado. Elle porte très bien son nom. Tout en suivant la rivière, nous sortons peu à peu de la vallée, jusqu’à découvrir à la sortie d’un virage le gigantesque lac, avec au loin la ville de San Carlos de Bariloche. De grand pics se découpent dans le couchant et quelques névés se distinguent des pentes sombres. Plus de doute, nous sommes arrivés au pied de la cordillère !

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